La violence en héritage. Part I

Les voyages, qui ne les aime pas?

En repensant à ce mot « voyage », j’ai réalisé que dans mon entourage et ce depuis un bout de temps, il est souvent synonyme d’avion et d’Europe, alors qu’il existe plusieurs types de voyages, différents moyens de transport et d’innombrables destinations possibles. En langage mathématique, nous aurions parlé de combinaisons.

A mon avis, tout cela est bien plus simple: voyager c’est se déplacer vers un lieu dont on n’a pas l’habitude, pour y vivre des expériences dont on n’a pas l’habitude.

Sinon pourquoi voyagerait-on, si c’est pour rester dans la même monotonie?

Voyage : nm. (définition selon Larousse)

  • Action de voyager, de se rendre ou d’être transporté en un autre lieu ; trajet ainsi fait.
  • Déplacement, allées et venues, en particulier pour transporter quelque chose.
  • Action de se rendre dans un lieu relativement lointain ou étranger ; séjour ou périple ainsi fait.
  • Littéraire. Exploration, découverte, description de quelque chose qu’on suit comme un parcours.
  • Etat hallucinatoire provoqué par l’usage d’une drogue, en particulier, le LSD

Lors de mon récent voyage au Ghana, j’ai découvert, avec beaucoup de tristesse, un lieu comme ceux dont on nous parle dans les livres et les cours d’histoire, où des gens voyageaient sans en avoir librement fait le choix: Elmina Castle.

Pourquoi ressentir de la tristesse dans un château pensez-vous peut-être à l’instant ; mais je puis vous assurer, que ce n’est guère le type de château dont vous auriez aimé rêver. Le nom est certes sexy mais non que non, vous n’auriez pas aimé ce château.

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Lorsque nous étions plus jeunes, alors que la télévision en tube cathodique était à peine introduite au Cameroun, une série d’un autre genre faisait fureur. Ma regrettée soeur Corine et moi tremblions de peur en voyant venir l’heure de diffusion de « Racines ».

Au générique, elle se dirigeait en toute vitesse vers le portail pour se mettre à l’abri de tout écho du jeu d’acteurs. Quant à moi, je gardais mon maigre courage de grande sœur (tout comme ma corpulence) en me tenant entre la porte de la chambre des parents où se trouvait le téléviseur et les escaliers, me donnant ainsi la possibilité de fuir en cas de scène violente.

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Corine m’aurait tuée (sens figuré) si elle me voyait publier une telle image …

J’ai regardé Racines dans différentes versions et toujours de la même façon ; avec un pied dedans et l’autre dehors. Je pratiquais le visionnage en « demi-vue », c’est à dire avec un seul œil pour limiter les cauchemars. En 2016, je parcourais de nouveau l’histoire de l’esclavage avec le film « 12 years of Slave », même ressenti, même méthode.

Corine: ou plutôt Corine Vanessa, 1981-1999. Dans le langage des « blancs », on je l’aurai appelée « cousine ». Mon père et sa mère sont des « siblings » nés de Zacharie et de Yulia, elle qui nous a toujours appris que dans sa famille, les enfants de ses enfants sont tous des frères et sœurs. 

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De visiter Elmina castle m’a fait réaliser davantage pourquoi j’ai toujours craint certaines destinations pourtant dites de rêve par un grand nombre de personnes. Je rassurais cependant mes amis lors de cette visite à Elmina, en leur rappelant que tous les blancs n’étaient pas solidaires de cette pratique appelée l’esclavage, mais réalisais malheureusement au même moment, que le vice est intrinsèque à l’homme depuis sa création. Qu’il fusse « l’homme blanc » de cette époque occupant le poste de Gouverneur et placé haut dans le château, d’où il orchestrait la torture physique et morale, ou alors qu’il fusse ce Chef (Roi, Empereur, Prince ou autre autorité) qui livrait ses sujets ou ses prisonniers en échange de quelques fusils et du tabac, tout cela en vue d’asseoir son hégémonie sur toute une contrée.

Dans tous les cas, nous savons tous que le mal existe depuis le premier homme Adam et la première femme Eve. Ce mal c’est le diable, le vice, la conspiration, la fourberie, l’égoïsme, la jalousie, la quête de pouvoir, mais c’est aussi la faiblesse, le manque de confiance, l’envie et j’en passe.

Dans certaines coutumes à travers le monde, avant de procéder à l’union des conjoints, il faut passer par la case interrogatoire où, pour s’assurer de la moralité et des pratiques de la future belle famille, les familles posaient d’innombrables questions aux prétendants:

  • Tu es qui ? Le fils, son père, sa mère, ses frères, oncles, tantes, grands-parents, …
  • Tu es d’où ? Ses origines qui doivent normalement remonter au moins à trois générations. Aujourd’hui des parents sont influencés par les familles « déportées » : France, Canada, Etats-Unis, même la Russie et toutes ces destinations venues remplacer les noms de villages et de tribus
  • Vous faites quoi ? De nos jours on pourrait entendre des métiers comme Influenceur, Bloggeur (bulshits sometimes), mais à l’époque cela devait être plutôt du type: artisans, chasseurs, cultivateurs, éleveurs de bétail, etc.

En lisant l’histoire de Soundiata Keita, empereur du Mali, je découvrais que son père avait été conseillé voire averti par un devin de la femme qu’il devait épouser pour donner à son royaume, l’héritier qui lui succèderait.

Comment ne pas comprendre à travers Elmina Castle, l’impact des origines sur nos comportements ; un arrière-grand père combattant, défenseur de la liberté ou violent voire assassin peut être inconsciemment à l’origine de comportements semblables sur sa descendance: c’est le principe de la transmission. Il existe cependant aussi, le principe du karma ou de l’écho familial : un acte mené par ou sur un aïeul peut avoir une conséquence grave sur sa descendance jusqu’à la quatrième ou la cinquième génération.

Il est écrit dans le LIVRE DE L’EXODE : « Alors Dieu prononça toutes les paroles que voici : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. »

Je pense que toute la violence observée dans certains pays trouve en partie sa source dans les origines. Lors de la visite de Elmina Castle, le guide nous disait que certains prisonniers destinés à devenir esclaves étaient des prisonniers des guerres entre tribus et livrés « aux blancs » par les chefs qui les détenaient.

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La guerre est un acte de violence et le guerrier peut souvent être rempli de colère ou de haine envers son adversaire; cette haine peut également être orientée vers lui-même. Les hommes venus conclure les cessions d’esclaves (un achat en monnaie de singes où celui qui achète l’esclave reçoit aussi de l’or contre 2 fusils, des pipes et du tabac. Oh la la les malhos) étaient eux aussi pour la plupart des guerriers, d’un autre type certes, mais des guerriers tout de même.

Guerrier contre guerrier ou enfant de deux guerriers, quelles associations explosives !

Pendant tout leur séjour au château (Fort, Forteresse), les rebelles, qui n’étaient que des défenseurs de la liberté, étaient torturés puis tués. Cette lutte pour la liberté continuait une fois sur la terre de l’esclavage ; exactement ! le cas de Kunta Kinté.

Imaginez une biche gambadant en toute liberté, herbe à la bouche, comme Gainsbourg avec sa cigarette, et subitement mise en cage puis frappée, marquée au fer, torturée … tel a été le sort de NOS ancêtres les esclaves ; le frère d’un arrière arrière-arrière grand père étant un arrière arrière-arrière grand père car son frère du même père ou de la même mère, voire des deux. Eh oui tout comme mes « cousins » sont mes frères, ceux qui ont les mêmes ancêtres que moi sont également mes frères.

Quelle douleur qu’est le souvenir de leur souffrance en voyant les pièces sombres de pierres et de fers, dans lesquelles ils étaient détenus. Quelle douleur d’imaginer comment les fameux gouverneurs abusaient sexuellement de nos arrières arrières-arrières grands-mères.

Sur cette photo,

  • au dessus les cellules pour les blancs à droite avec une fenêtre et une porte aérée dont ils sortaient après une heure à cause d’une désobéissance à leur hiérarchie, à gauche la cellule de noirs sans fenêtre aucune dont ils sortaient systématiquement morts.
  • En bas à gauche, la cour des femmes
  • En bas à droite la cellule des femmes où elles étaient entassées….

La construction du fort prévoyait que ce monsieur eût la vue avant sur les hommes et la vue arrière sur les femmes que l’on exposait nues afin qu’il fît le choix de celles destinées à assouvir ses désirs sexuels.

Heureusement sans en rire cependant, que la malaria se chargeait de temps en temps de venger les abusés ; une vengeance quoique brève car il était aussitôt remplacé comme on le fait depuis longtemps dans beaucoup d’entreprises ; qu’en dépit du poste de responsabilité que nous pourrions occuper, aussitôt défaillants ou morts, nous serions remplacés à la seconde suivante : Business first !

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Je parlais bien des Etats-Unis d’Amérique quand je disais que je n’y ai jamais mis les pieds, mais avec la Télévision par satellite et désormais les réseaux sociaux, les informations ne manquent pas de nous parvenir instantanément :

  • Jeune noir innocent tué par ci par un policier blanc,
  • Braquage par là,
  • Guerre de gangs,
  • Trafic et abus de drogues,
  • Viols, …

La liste est longue mais c’est bien ainsi que la société noire-américaine est reportée dans les journaux.

Et nous alors dans tout cela ? Nous sommes restés en Afrique, souvent complexés par ces destinations où ont été emmenés les frères de nos ancêtres, préalablement et minutieusement enchaînés, torturés et vendus moins que du bétail de basse qualité.

Néanmoins, une petite poignée de noirs-américains a réussi à se démarquer et certains font la haute popularité de ce continent. Mais qu’en est il des autres : Les sols naguère utilisés pour cultiver le tabac ou le coton ont été remplacés au fil des siècles par un autre type de culture : la culture des gratte-ciels et du capitalisme couronné par la loi du plus fort; de nombreuses émissions nous montrent ces Frères peinant à joindre les deux bouts, mendiants des fois ou encore se tournant vers le trafic et la consommation des drogues.

Même en Afrique il y’en a c’est vrai, nous avons quasiment les mêmes bourreaux mais bon nombre d’entre nous sont « à la maison ».

Nous avons malheureusement hérité de la violence de nos ancêtres. Qu’ils eussent été des chefs africains, des explorateurs européens ou des migrants de toutes origines; mais la lumière s’impose à nous comme une lueur d’espoir en la puissance Divine. Cette lumière, j’en suis persuadée, réside en l’amour décrit dans 1 Corinthiens 13 (Bible):

Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit.

Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.

Et si je distribue tous mes biens aux pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien.

L’amour est patient, il est plein de bonté; l’amour n’est pas envieux; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité;  il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.

L’amour ne meurt jamais. Les prophéties disparaîtront, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. En effet, nous connaissons partiellement et nous prophétisons partiellement, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. 

Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu un homme, j’ai mis fin à ce qui était de l’enfant. Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu.

Maintenant donc ces trois choses restent: la foi, l’espérance, l’amour; mais la plus grande des trois, c’est l’amour.

Ô toi mon frère, reviens à la maison, pour reprendre des forces. Car ta force, la vraie, se trouve chez toi, sur la terre de tes ancêtres. Bien ancré au sol, tu es plus fort qu’un éléphant, plus robuste qu’un baobab. Oui viens à la maison et tu retrouveras la paix et l’amour véritable