Je mange le manioc : 237 vs 225

Très récemment, je vous parlais du macabo et des possibilités qui nous sont offertes de le savourer autrement que de façon conventionnelle. C’était plus précisément au sujet des beignets de macabo. Vous vous en souvenez?

Hier, je ne sais ni pourquoi ni comment, mon esprit s’est évadé et s’est retrouvé à Abidjan: “Babi la belle” comme disent les autres. Je me suis rappelée de la découverte culinaire et gustative que j’y avais faite…

Tout avait commencé avec Cello the Big CMO. A peine arrivée à Abidjan que le lendemain Cello venait déjà me prendre pour aller manger dans un restau «Où on prépare vraiment bien» comme il s’exprime souvent; ses yeux brillaient comme des diams. J’ai oublié le nom du restau, faut pas trop me demander. Peut être que d’ici là mon mannequin Elsa va me rafraîchir la mémoire.

Donc on arrive, l’espace est grand. Il y’a tanga nord et tanga sud mais pas comme vous pensez: c’est plutôt côté climatisé et côté non-climatisé.

Il est quand même boss donc on prend le nord façon Game Of Thrones …

Waaah, c’est Jon Snow noon?

…ou façon Vikings.

Vikings, The Serie des guerriers de l’eau et du froid

à vous de voir, selon vos sensibilités cinématographiques.

Cello, s’adresse à la dame de service avec du «Qu’est ce qu’on peut manger là?» et nous voilà, naviguant dans le menu. Puis il choisit le foutouavec la sauce graine, plutôt risquo-phobe moi je demande de la sauce claire avec du riz mais en fait, je me souviens moins bien de mon plat que du sien tellement j’avais été intriguée d’abord par le foutouen question qui ressemblait trait pour trait à notre Ntoubanational, spécialité de la région du centre faite a base de plantains mûrs et non mûrs tous pilés ensemble et accompagnant souvent la sauce de Ndok ou la sauce d’arachides, mais aussi par cette sauce dite graine qui est la soeur jumelle de notre sauce de noix de palme 237 alias Nsouki.

A gauche, le Ntouba (Cameroun) et à droite la sauce graine (Côte d’ivoire). Até! ça donne faim grave.

Dans mon doute, Cello avait vite fait, sans me donner la composition exacte, de me préciser que le foutou et le ntouba, “c’est pas pareil”.

L’aventure ne faisait que commencer. Comme je créchait chez mon frère d’amour et sa chérie coco finoline de mon cœur. J’arrive un soir et tandan … il y’avait du foutou au menu avec sa sauce claire. Ahaan! Il était dit que nous nous retrouverions.

Je me suis empressée de me renseigner. Ma sensibilité culinaire m’a toujours permise de vite assimiler les recettes et même de les reproduire. Sincèrement désolée, je ne me vantais pas, je disais juste.

Quelques jours plus tard, chez Ma Pote «La Go» comme nous nous appelons affectueusement since 2005, dont l’heureux événement du moment avait justifié mon déplacement dans cette belle ville d’Afrique, je retrouve le même foutou et surtout l’ustensile nécessaire qui permet de le monter : un mortier en bois. Celui-là était moins haut que celui que nous avons souvent au cameroun 🇨🇲.

Foutou prêt. Recettes disponibles sur Cuisineaz et sur Marmiton. Internet Oyé!!!!

De retour au Cameroun, je n’ai pas cessé de repenser à toutes les découvertes que j’avais faites à Babi. J’ai repensé au manioc, ce féculent tant consommé au Cameroun qui me rappelle ma Grand-mère Yuliaet qui, par amour, le tournait et le détournait pendant les grandes vacances pour égayer nos papilles: beignets de manioc, galettes de manioc, mintumba, bâtons de manioc ou miondos. Et voilà que j’avais une recette de plus pour ce féculent farineux au goût sucré qu’au détour, je savourais également sous la forme de ekok’a makwambaplat de la tribu Sawa fait à base de manioc et relevé avec de l’huile rouge et des feuilles de macabo.

Mintumba prêt à croquer …

C’est donc ainsi qu’un samedi matin, ma chère fille de maison Isabelle me demanda «Madame, je sors quoi?» expression pour me demander ce qu’on mangera ce jour. Fatiguée des recettes habituelles et repensant à mes samedis d’enfance où nous mangions du bekouan, du ntouba, du fufu et autres, accompagnant nos sauces et soupes bien aimées : Nsouki, sauce d’arachides grillées, sauce de Ndok et autres sauces, je lui annonçai «le foutou avec la sauce tomate». Le regard qu’elle me lança…. l’air de “Fouuuu? Fouu quoi?

Me voilà entrain de rassurer Isabelle qui voyait déjà en ce terme un peu compliqué, une cuisine qui l’empêcherait de rentrer tôt. J’ai vite embrayé à la Starsky et Hutch pour éviter la catastrophe dans sa tête : “Non, Non en fait c’est la nourriture de la cote d’ivoire hein! Pour la sauce tomate, on va juste faire une sauce où tous les condiments sont bien écrasés, la simple là! et pour le foutou, on fait comme le plantain pilé mais au lieu du plantain non mûr, on va mettre le manioc”.

Est-ce que la go a alors tardé? Le regard qui s’en est suivit était pire que le précédent, accompagné de “Le maniooookkkk, Madame?” et en bonne Madame, je lui ai répondu “Oui non? En tout cas, va acheter le plantain bien mur de 500F et le manioc de 500F on va voir. Moi-même je serai là, mais c’est bon hein!”. Moi quoi? j’avais dit Foutou donc Foutou pour tous ou presque. Parceque pour Monsieur, peur de la fameuse question des hommes africains “Je dis hein, c’est quoi ça?”, j’ai vite rajouté “Avec un peu de riz aussi au cas où”.

Plantains murs bien bouillis mais pas poto-poto puisqu’il faut quand même le piler, manioc bien bouilli séparément (pour moi), Isabelle sort le mortier et le pilon puis les lave (vu le temps que l’on peut mettre sans l’utiliser, il vaut mieux et pour vous aussi). Ah Minceee!!! En kaba ngondo, la tenue de tous les (vrais) combats de cuisine pour toute mater camer, assise sur le banc en bois (sinon la nourriture ne prend pas le goût du pays), 2 plantains pour 1 manioc, voilà mon Foutouà moi qui prend forme au fur et à mesure. Eh ah! il n’y a pas de petite recette; j’étais contente jusqu’àaaaaaaa. J’ai gouté même 6 fois comme ça. Bah oui oui; il ne faut pas oublier que “Ne pas goûter c’est perdre l’occasion de ravir les palais de ses convives”même si ce sont des enfants de moins de 10 ans.

Ce jour là, je me suis ré-ga-lée! Même comme mes fils n’ont pas arrêté de me demander “Maman, c’est quoi ça?”, “Maman, il y’a quoi dedans?” ou “Maman pourquoi c’est jaune?”… Quand c’est bon, c’est bon et on mange!

Vraiment, pour la sauce tomate, faites une sauce tomate classique où tous les légumes sont finement mixés pour donner un mélange homogène, avec de la viande de boeuf, de préférence du bourguignon ou du paleron. Pour les sauces tomates, chacun saura doser selon ses goûts.

Vive le gari, le héros des personnes seules et des familles nombreuses,

Vive le mintumba, Top comme ça là avec la sardine,

Vive le bâton de manioc alias bobolo, le partenaire du maquereau,

Vive le manioc.

Guide de lecture

  • Cello: lire Tchello
  • Poto poto: En moins un, tu ça devenais la bouillie
  • Diams: abréviation des Millenials pour dire diamants
  • Oui non?: Oui avec insistance. Label Camer, même Pa’a Paul dit ça.

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